Depuis quelques années, la recrudescence d’un des baromètres permettant d’évaluer le bon fonctionnement de notre système de santé alerte les autorités publiques françaises : le taux de mortalité infantile. Pour y remédier, une loi pour “lutter contre la mortalité infantile”, prévoyant notamment de mettre en place un registre national des naissances, a été adoptée en mai 2025 par l’Assemblée Nationale. Néanmoins, la situation est particulièrement préoccupante dans les territoires ultramarins où le taux de mortalité infantile est deux fois supérieure à la métropole.

Source : Inserm CEPIDC, 2025

Source : Inserm CEPIDC, 2025

Une inégalité face à la mort dans les DROM

Au sein de l’Union européenne,  la France fait figure de mauvais élève en pointant à la 23e place sur 27 les pays de l’UE,  avec un taux de 4,1 ‰ en 2024. Malgré la renommé de son système de santé, elle est largement distancée par les champions nordiques comme l’Estonie (1,9 ‰).

Cette anomalie française n'est pas récente, le taux de mortalité infantile, c’est à dire le nombre de décès survenus avant le premier anniversaire, n’a cessé d’augmenter en France depuis 2014.

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Un bébé prématuré en couveuse. Image d'illustration (JESSICA BORDEAU / BSIP VIA AFP)

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« La mortalité infantile est un indicateur clé de la qualité des soins périnataux et des politiques de santé publique [...] Une nation qui n’est plus capable de faire baisser la mortalité des bébés est une nation en échec. », Aurélien Pradié, Député de la 1ère circonscription du Lot, lors d’une session de questions au Gouvernement

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Si en France métropolitaine, le taux de mortalité infantile dans les départements et régions ne dépasse pas 5‰, il atteint en moyenne 8.5 ‰ dans les Départements et Régions d’Outre-Mer (DROM) en 2023.

Source : World In Data, 2023

Source : World In Data, 2023

Le taux de mortalité infantile des départements d’Outre-mer vient alors se situer au même niveau que des pays dotés d’un système de santé bien plus fragile, tels que la Kazakhstan ou la Turquie. Mais alors, quels sont les facteurs qui permettraient d’expliquer cette grande disparité qui sépare l’Hexagone des DROM en termes de mortalité infantile ? Bien qu’il soit difficile d’expliquer entièrement cet écart, certains éléments doivent attirer notre attention.

Déterminants sociaux et santé des mères : les racines d'une disparité française

L’analyse de la mortalité infantile conduit à s**’intéresser prioritairement aux mères**, les caractéristiques maternelles et les conditions de l’accouchement étant reconnues comme des déterminants majeurs.

Dans les DROM, les données de l’Enquête nationale périnatale (2021) menée par Santé publique France (2023), font état d’une fécondité moins maîtrisée. La proportion de grossesses arrivées trop tôt ou non désirées est plus importante qu’en Hexagone : en 2021 à Mayotte et en Guyane, un enfant sur quatre était né d’une mère ayant entre 18 et 24 ans. De plus, ces territoires d’Outre-mer, possèdent un taux de natalité quasiment deux fois plus élevé que les douze départements de l’Hexagone ayant le plus haut taux de natalité.

Source : INSEE, 2021 & 2024.

Source : INSEE, 2021 & 2024.

Source : Enquête européenne de santé (EHIS) en 2019

Source : Enquête européenne de santé (EHIS) en 2019

À ceci s'ajoutent d’autres déterminants sociaux de santé aggravant le taux de mortalité infantile, comme le diabète ou l’obésité, en témoigne le graphique ci-contre, davantage répandue chez les femmes dans les DROM, qu’en France métropolitaine.

En début de grossesse, les mères habitants dans les DROM atteintes d’obésité représentent entre 22,1 % et 29,4 % des femmes enceintes, contre 14 % en France hexagonale en 2016.

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“L’obésité augmente le risque de maladie chronique pour la mère mais également de complications obstétricales ou néonatales lors de l’accouchement. “

Rapport d’information du Sénat au nom de la mission d’information sur le thème de : « L’avenir de la santé périnatale et son organisation territoriale », 2024

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Il est important de souligner que l’obésité maternelle expose à un risque accru de prématurité. Or, ces naissances prématurées sont surreprésentées dans la mortalité infantile. En effet, si les naissances prématurées concernent 10% des enfants dans les DROM en 2022 et 6,6% en Hexagone, elles concentrent paradoxalement 75% de la mortalité néonatale. La mortalité néonatale, englobant les 27 premiers jours de l’enfant, représente aujourd’hui près de 3/4 des décès comptabilisés dans la mortalité infantile.